03 janvier 2010

Ce n'est qu'un au revoir...

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Après un agréable voyage de plusieurs mois, l'équipe de La tempête dans un encrier rentre au port. Bertrand, Emmanuelle, Aglaé, Manu, Thomas et Stéphane vous remercient pour votre soutien.

Tous ces brillants matelots (et brillantes matelotes) vous manquent déjà ? retrouvez-les sur leurs sites et blogs respectifs !

02 janvier 2010

Journal de bord d'une précaire installation

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 Je grappille les discutions discrètes de l’herbe, l’ombre sur les harpons des bourgeons, les reflets d’un rayon dans une goutte. Je collectionne les feuilles mortes trouées d’épines, les poils de chien dans la lumière, les restes de rêves collés aux paupières, la rouille sur les capsules de bière. Je récolte les boules de pollen collées aux pattes des abeilles, les bulles des têtards qui discutent dans les flaques, les pauses coquettes que prennent certains nuages dans le vent. Je garde tous les rêves d’escargots que je trouve, toutes les silhouettes de chats  sur le bitume, tous les baragouinages incompréhensibles des enfants. Je ne désespère pas de trouver le fossile d’une histoire d’amour, le poème d’un écureuil pour un gland, le chant mélancolique d’un réverbère, les traces de patte d’un matin de printemps.

 

31 décembre 2009

P... comme Poignée de main

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Comme… POIGNÉE DE MAIN

 

 

LA POIGNÉE DE MAIN

 

Tandis que le salut s’envoie respectueusement à distance, la poignée de main, familière de sa nature, se distribue à bout portant – et à bout de champ.

Elle a cela de commun avec le tutoiement, qu’elle est comme lui un vrai trompe-l’œil. Elle semble dire : « Je suis votre ami, votre ami tout dévoué ». – Eh bien ! ne vous fiez pas trop à cette affirmation ; vous pourriez avoir à, vous en repentir.

 

Autrefois, dans les relations de la vie, la poignée de main jouissait d’une juste considération. Elle avait la force d’un contrat réputé inviolable. L’on se montrait plus fidèle à un engagement pris de là sorte, qu’à un engagement par écrit.

 

Molière lui reconnaissait ce pouvoir, lorsqu’il fait dire à Gros-René, dans le Dépit amoureux :

 

« Un hymen qu’on souhaite, entre gens comme nous, est chose bientôt faite. Je te veux, me veux- tu ? »

 

MARINETTE

Avec plaisir !

 

GROS RENÉ, tendant la main :

Touche, il suffit.

 

Marinette touche et le mariage est conclu ; et cette étreinte l’emportera sur la paille qu’ils veulent rompre et qu’ils ne rompront pas.

 

Mais alors la poignée de main n’avait rien de commun avec cette chose banale, importée en France par les Anglais, et qui, par sa prodigalité même, a perdu toute valeur.

 

Dans un certain monde, cet usage a envahi jusqu’au beau sexe ; et c’est d’autant plus à regretter, qu’en dehors de sa familiarité de mauvais goût, il se traduit par un geste très disgracieux. Il est tout au plus tolérable chez une femme d’un certain âge. Au moins peut-il avoir l’air, en pareille circonstance, d’être une preuve de bienveillance et d’affection véritable.

 

Bonnes et vigilantes mères qui, dans un bal, couvrez votre fille bien-aimée de votre sauvegarde, qui suivez avec une attentive sollicitude tous ses mouvements, veillez bien au contact magnétique, cette étreinte de deux mains qui se parlent et se répondent à la muette, qui, grâce à l’agitation de la contredanse, et surtout à l’emportement du galop, peuvent se dire sans que personne l’entende : « Je vous aime ! – M’aimez-vous ? »

 

Mères prudentes, surveillez le langage des mains !

 

Manuel de la politesse des usages du monde et du savoir-vivre, 18..,

Jules Rostaing.

Stéphane

 

* * *

Ma participation au blog de la Tempête dans un encrier se termine pour moi avec cette lettre P. Je remercie toutes celles et tous ceux qui ont pris le temps de lire, au fil des semaines, mon Abécédaire Anachronique et Inutile, et je les invite à en découvrir la suite, dès le jeudi 7 janvier, sur le blog du GROGNARD .

 

Plein de bonnes choses pour 2010 !

30 décembre 2009

Sainte Gudule-la-mare

Chapitre XVI

Paul

Dame assise.gifTenu au courant des événements depuis le fameux voyage de ses ouailles à Lourant, soit par la mairie, soit par la brigade, Monsieur l’abbé de la Malaine arriva le samedi, comme d’habitude, à la chapelle. Il déambulait de l’autel à la sacristie, sortant comme il disait, sa panoplie pour l’office du soir. Il ne ressentait qu’une vague douleur à constater sa totale indifférence envers ce qui avait représenté la part la plus spirituelle de sa vie pendant trente ans. Allant et venant dans l’église, il pensait uniquement à Madeleine et à la prison avec une tristesse totale. Si, en se détachant des dogmes, il perdait aussi l’espoir d’améliorer le sort des gens autour de lui, sa vie devenait une faillite complète. Pour la première fois, cet homme fortement charpenté inclinait vers le sol ses épaules alourdies d’un poids invisible. Si quelqu’un l’avait vu à cette minute, il aurait pensé : « Notre curé a beaucoup vieilli cette année. »
Antoine Trudaine, attentif depuis des mois à son ami, ne mesurait pas son profond désespoir, car il ignorait tout un pan, le plus sombre, d’un état d’esprit profondément chamboulé. Jean de la Malaine était aussi seul qu’on peut l’être dans une coque de noix en pleine tempête. Seuls, quelques automatismes l’animaient, lui permettant, aussi absent qu’on peut l’être, de manipuler doucement les hosties, les burettes, le gros missel, comme il faisait chaque jour.
Plongé dans son monologue désolant, il n’entendit pas la petite porte latérale s’ouvrir doucement. Un grand garçon, presque un jeune homme, la referma et fut en dix pas devant l’abbé, à deux mètres de l’autel.
— Paul !
— Bonjour.
— Comment es-tu venu ?
— En stop…
— Mais…Tu as la permission ?
— Pas besoin… Je viens vous parler…
— A moi ?…  Bien sûr ! Viens t’asseoir… Là…
— Plutôt dehors…
— Bien sûr… Bien sûr… Je t’écoute…
— Soyez pas pressé… C’est pas agréable ce que j’ai à dire…
Sortis de la sacristie, ils empruntèrent l’allée bordée de rhododendrons qui faisait le tour de l’église. L’enfant et le prêtre marchaient côte à côte. Leurs regards ne pouvaient pas s’affronter. Le prêtre rompit le silence.
— Tu as l’air très en colère, Paul… Je t’écoute…

— Plus qu’en colère. Révolté. Et révolté contre vous…Vous, l’abbé, qui nous avez foutu dans une merde pas possible… Avec votre satanée gentillesse !…
Votre charité chrétienne !… Votre cœur sur la main pour votre pauvre Madeleine !… Que vous aimez… Que vous avez élevée !… Dont vous êtes presque le père !… On pardonne tout à la pauvre Madeleine… Sa paresse, un vrai poil dans la main !… Ses chapardages à droite et à gauche, qui nous font tellement honte à nous les enfants !… Et les bouteilles de porto, volées, elles aussi, et bues en cachette… Et c’est nous qui la couchions en rentrant de l’école… Mais l’abbé, c’est Jésus Christ !!! et j’te pardonne, et j’te pardonne !… Et nous, Aurélie et moi, on devient quoi là dedans ?… Avec une mère en loques, pas d’argent, et souvent rien à manger le soir !… Et se coucher en pleurant, vous connaissez ça l’abbé ? Vous qui avez eu un père et une mère ?… Encore plus fort cette année ! Qu’est-ce qu’il fait, L’abbé-petit-Jésus ?… Il donne de l’argent, beaucoup d’argent  pour payer les dettes de la pauvre Madeleine !… Mais oui, on le sait, Aurélie et moi, que c’est vous qui avez donné cet argent !
— Paul, je t’en prie…
— Il n’y a pas de « je t’en prie » !… Résultat : Ma mère en taule, et nous enlevés de notre collège et foutus dans un foyer comme deux orphelins !… On va donc être orphelins de génération en génération dans cette famille ! Qu’est ce que vous en dites, l’abbé, vous êtes content de vous ?
L’abbé, brisé de douleur, demanda  doucement à l’enfant :
— Paul, peux tu m’écouter une seconde ?
— ……
— Je demande tout de suite un rendez-vous au juge Corneille et je vais tout éclaircir. Tu entends ? Tout. Je suis certainement coupable puisque je te vois si malheureux, mais pas de la manière que tu crois. Pas tout à fait.
— La manière, je m’en fous un peu… Vos histoires de curé, c’est pas mon affaire. Mais essayez au moins de sortir ma mère du pétrin.
L’enfant, presque un homme après cette grande colère, se leva et sortit sans un regard pour le prêtre.
Le prêtre regarda Paul s’éloigner. Il revint dans la sacristie où il s’effondra sur le seul siège disponible, un prie-Dieu recouvert de velours violet. Il repoussa la déferlante de désespoir qui inondait sa poitrine, et saisit dans une poche, un téléphone portable.
A l’accueil du Palais de Justice, on lui fournit le numéro de téléphone du Juge d’instruction.
— Allo !… Ici, le secrétariat  de Monsieur Corneille, juge d’instruction.
— Bonjour Mademoiselle… Je voudrais parler à Monsieur le juge Corneille.
— C’est à quel sujet Monsieur ?
— C’est tout à fait personnel
— Qui êtes vous, Monsieur ?
— Jean de la Malaine, le prêtre qui dessert la paroisse de Sainte Gudule-la-Mare.
— Ne quittez pas.
On lui passa le bureau du juge :
— Bonjour Monsieur. Je suis l’abbé de la Malaine et je sollicite un rendez-vous auprès de vous dans les délais les plus brefs possibles.
— Je vous fais remarquer que vous pouviez demander ce rendez-vous à ma secrétaire… C’est elle qui tient mon agenda.

— Comprenez-moi, Monsieur le juge. Je souhaite vous rencontrer rapidement. Je peux faire certaines révélations qui permettent de remettre Madeleine Pierlot en liberté.
— Nous y voilà ! En liberté !… Mais la justice, cher Monsieur l’abbé, ne se fait pas au pas de course ! Chaque chose en son temps ! Je vous recevrai Mardi prochain à onze heures. Nous verrons à ce moment-là ce qu’on doit faire de votre protégée…
— Ce n’est pas vraiment ma protégée, mais je dois…
— En tout cas, elle est très impliquée dans une vilaine histoire. Je serais très étonné qu’elle sorte de prison avant son procès.
— Son procès !
— Hé Oui ! Son procès !
— Pensez-vous aux enfants Monsieur ?
— Ne cherchez pas à m’apprendre mon métier. Moi, je ne me mêle pas de votre église ! A mardi onze heures, Monsieur le Curé, et au revoir.
Se hissant du prie-Dieu, les genoux douloureux, les idées confuses, las à mourir, le prêtre vécut la suite de la journée dans un état second.
Il célébra la messe du samedi soir à peine plus vite que d’habitude et renonça à la courte homélie qu’il faisait généralement sans monter en chaire. Sa voix resta ferme pour annoncer le jour et l’heure de la cérémonie de baptême de la petite Laura, et précisa que le catéchisme du mercredi aurait lieu dans la chapelle, exceptionnellement, puisque la salle habituelle serait fraîchement repeinte. Après l’office, il ne parla à personne, et, le dernier fidèle étant sorti, il referma à clef la lourde porte cloutée.

29 décembre 2009

Un vieux cantique libertaire

Tombé, et pour cause, en désuétude..


26 décembre 2009

Journal de bord d'une précaire installation

 

gir004-girouette-personnage-epouvantail[1].jpgJe suis l’architecte de la fuite, mon labyrinthe est en ciment. Un palais, une cabane, un château, un abri. Ma cervelle est une truelle au service de la nuit, un manoeuvre du temps. Je construis un pays de brique, de terre, de pierre, de vent. Je cloue les brocs contre les brics, je protège les épouvantails, les canidés placides, les cailloux apatrides, les fourmis, les amibes et les oiseaux sans noms. Je lis dans le vol des insectes, déchiffre les toiles d’arachnides, éponge les couleurs du lendemain. Je suis très occupé, c’est un monde à plein temps.

25 décembre 2009

Le Grognard n°12 est disponible

 
Nouvelles publications - DECEMBRE 2009
 
Le Grognard n°12LE GROGNARD N°12 - 7 €, 36 pages.

Goulven Le Brech / Tanguy Dohollau : À l’écoute du silence

Fabrice Marzuolo : Convoi Bondé (poème)

Mitchell Abidor : American rebels : Margaret Fuller

Jean-Baptiste Pedini : L’Homme canon (poème)

Bertrand Redonnet : Le Génie de Pascal

Éric Simon : Le Temps perdu des artistes et des travailleurs

Joaquim Hock : La Fuite des arbres

Stéphane Beau : Contingences 12 & 13

Kenneth White : Mathurin Méheut, peintre (poème)

François-Xavier d’Arbonneau : Sebastian Melmoth

Patrice Locmant : La Bataille d’Issus de Jean Brueghel (chronique d’art)

Goulven Le Brech, Pascale Arguedas, Jacques Lucchesi, Stéphane Beau : Du côté des livres.