03 janvier 2010
Ce n'est qu'un au revoir...

Après un agréable voyage de plusieurs mois, l'équipe de La tempête dans un encrier rentre au port. Bertrand, Emmanuelle, Aglaé, Manu, Thomas et Stéphane vous remercient pour votre soutien.
Tous ces brillants matelots (et brillantes matelotes) vous manquent déjà ? retrouvez-les sur leurs sites et blogs respectifs !
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31 décembre 2009
P... comme Poignée de main
P Comme… POIGNÉE DE MAIN
LA POIGNÉE DE MAIN
Tandis que le salut s’envoie respectueusement à distance, la poignée de main, familière de sa nature, se distribue à bout portant – et à bout de champ.
Elle a cela de commun avec le tutoiement, qu’elle est comme lui un vrai trompe-l’œil. Elle semble dire : « Je suis votre ami, votre ami tout dévoué ». – Eh bien ! ne vous fiez pas trop à cette affirmation ; vous pourriez avoir à, vous en repentir.
Autrefois, dans les relations de la vie, la poignée de main jouissait d’une juste considération. Elle avait la force d’un contrat réputé inviolable. L’on se montrait plus fidèle à un engagement pris de là sorte, qu’à un engagement par écrit.
Molière lui reconnaissait ce pouvoir, lorsqu’il fait dire à Gros-René, dans le Dépit amoureux :
« Un hymen qu’on souhaite, entre gens comme nous, est chose bientôt faite. Je te veux, me veux- tu ? »
MARINETTE
Avec plaisir !
GROS RENÉ, tendant la main :
Touche, il suffit.
Marinette touche et le mariage est conclu ; et cette étreinte l’emportera sur la paille qu’ils veulent rompre et qu’ils ne rompront pas.
Mais alors la poignée de main n’avait rien de commun avec cette chose banale, importée en France par les Anglais, et qui, par sa prodigalité même, a perdu toute valeur.
Dans un certain monde, cet usage a envahi jusqu’au beau sexe ; et c’est d’autant plus à regretter, qu’en dehors de sa familiarité de mauvais goût, il se traduit par un geste très disgracieux. Il est tout au plus tolérable chez une femme d’un certain âge. Au moins peut-il avoir l’air, en pareille circonstance, d’être une preuve de bienveillance et d’affection véritable.
Bonnes et vigilantes mères qui, dans un bal, couvrez votre fille bien-aimée de votre sauvegarde, qui suivez avec une attentive sollicitude tous ses mouvements, veillez bien au contact magnétique, cette étreinte de deux mains qui se parlent et se répondent à la muette, qui, grâce à l’agitation de la contredanse, et surtout à l’emportement du galop, peuvent se dire sans que personne l’entende : « Je vous aime ! – M’aimez-vous ? »
Mères prudentes, surveillez le langage des mains !
Manuel de la politesse des usages du monde et du savoir-vivre, 18..,
Jules Rostaing.
Stéphane
* * *
Ma participation au blog de la Tempête dans un encrier se termine pour moi avec cette lettre P. Je remercie toutes celles et tous ceux qui ont pris le temps de lire, au fil des semaines, mon Abécédaire Anachronique et Inutile, et je les invite à en découvrir la suite, dès le jeudi 7 janvier, sur le blog du GROGNARD .
Plein de bonnes choses pour 2010 !
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30 décembre 2009
Sainte Gudule-la-mare
Chapitre XVI
Paul
Tenu au courant des événements depuis le fameux voyage de ses ouailles à Lourant, soit par la mairie, soit par la brigade, Monsieur l’abbé de la Malaine arriva le samedi, comme d’habitude, à la chapelle. Il déambulait de l’autel à la sacristie, sortant comme il disait, sa panoplie pour l’office du soir. Il ne ressentait qu’une vague douleur à constater sa totale indifférence envers ce qui avait représenté la part la plus spirituelle de sa vie pendant trente ans. Allant et venant dans l’église, il pensait uniquement à Madeleine et à la prison avec une tristesse totale. Si, en se détachant des dogmes, il perdait aussi l’espoir d’améliorer le sort des gens autour de lui, sa vie devenait une faillite complète. Pour la première fois, cet homme fortement charpenté inclinait vers le sol ses épaules alourdies d’un poids invisible. Si quelqu’un l’avait vu à cette minute, il aurait pensé : « Notre curé a beaucoup vieilli cette année. »
Antoine Trudaine, attentif depuis des mois à son ami, ne mesurait pas son profond désespoir, car il ignorait tout un pan, le plus sombre, d’un état d’esprit profondément chamboulé. Jean de la Malaine était aussi seul qu’on peut l’être dans une coque de noix en pleine tempête. Seuls, quelques automatismes l’animaient, lui permettant, aussi absent qu’on peut l’être, de manipuler doucement les hosties, les burettes, le gros missel, comme il faisait chaque jour.
Plongé dans son monologue désolant, il n’entendit pas la petite porte latérale s’ouvrir doucement. Un grand garçon, presque un jeune homme, la referma et fut en dix pas devant l’abbé, à deux mètres de l’autel.
— Paul !
— Bonjour.
— Comment es-tu venu ?
— En stop…
— Mais…Tu as la permission ?
— Pas besoin… Je viens vous parler…
— A moi ?… Bien sûr ! Viens t’asseoir… Là…
— Plutôt dehors…
— Bien sûr… Bien sûr… Je t’écoute…
— Soyez pas pressé… C’est pas agréable ce que j’ai à dire…
Sortis de la sacristie, ils empruntèrent l’allée bordée de rhododendrons qui faisait le tour de l’église. L’enfant et le prêtre marchaient côte à côte. Leurs regards ne pouvaient pas s’affronter. Le prêtre rompit le silence.
— Tu as l’air très en colère, Paul… Je t’écoute…
— Plus qu’en colère. Révolté. Et révolté contre vous…Vous, l’abbé, qui nous avez foutu dans une merde pas possible… Avec votre satanée gentillesse !…
Votre charité chrétienne !… Votre cœur sur la main pour votre pauvre Madeleine !… Que vous aimez… Que vous avez élevée !… Dont vous êtes presque le père !… On pardonne tout à la pauvre Madeleine… Sa paresse, un vrai poil dans la main !… Ses chapardages à droite et à gauche, qui nous font tellement honte à nous les enfants !… Et les bouteilles de porto, volées, elles aussi, et bues en cachette… Et c’est nous qui la couchions en rentrant de l’école… Mais l’abbé, c’est Jésus Christ !!! et j’te pardonne, et j’te pardonne !… Et nous, Aurélie et moi, on devient quoi là dedans ?… Avec une mère en loques, pas d’argent, et souvent rien à manger le soir !… Et se coucher en pleurant, vous connaissez ça l’abbé ? Vous qui avez eu un père et une mère ?… Encore plus fort cette année ! Qu’est-ce qu’il fait, L’abbé-petit-Jésus ?… Il donne de l’argent, beaucoup d’argent pour payer les dettes de la pauvre Madeleine !… Mais oui, on le sait, Aurélie et moi, que c’est vous qui avez donné cet argent !
— Paul, je t’en prie…
— Il n’y a pas de « je t’en prie » !… Résultat : Ma mère en taule, et nous enlevés de notre collège et foutus dans un foyer comme deux orphelins !… On va donc être orphelins de génération en génération dans cette famille ! Qu’est ce que vous en dites, l’abbé, vous êtes content de vous ?
L’abbé, brisé de douleur, demanda doucement à l’enfant :
— Paul, peux tu m’écouter une seconde ?
— ……
— Je demande tout de suite un rendez-vous au juge Corneille et je vais tout éclaircir. Tu entends ? Tout. Je suis certainement coupable puisque je te vois si malheureux, mais pas de la manière que tu crois. Pas tout à fait.
— La manière, je m’en fous un peu… Vos histoires de curé, c’est pas mon affaire. Mais essayez au moins de sortir ma mère du pétrin.
L’enfant, presque un homme après cette grande colère, se leva et sortit sans un regard pour le prêtre.
Le prêtre regarda Paul s’éloigner. Il revint dans la sacristie où il s’effondra sur le seul siège disponible, un prie-Dieu recouvert de velours violet. Il repoussa la déferlante de désespoir qui inondait sa poitrine, et saisit dans une poche, un téléphone portable.
A l’accueil du Palais de Justice, on lui fournit le numéro de téléphone du Juge d’instruction.
— Allo !… Ici, le secrétariat de Monsieur Corneille, juge d’instruction.
— Bonjour Mademoiselle… Je voudrais parler à Monsieur le juge Corneille.
— C’est à quel sujet Monsieur ?
— C’est tout à fait personnel
— Qui êtes vous, Monsieur ?
— Jean de la Malaine, le prêtre qui dessert la paroisse de Sainte Gudule-la-Mare.
— Ne quittez pas.
On lui passa le bureau du juge :
— Bonjour Monsieur. Je suis l’abbé de la Malaine et je sollicite un rendez-vous auprès de vous dans les délais les plus brefs possibles.
— Je vous fais remarquer que vous pouviez demander ce rendez-vous à ma secrétaire… C’est elle qui tient mon agenda.
— Comprenez-moi, Monsieur le juge. Je souhaite vous rencontrer rapidement. Je peux faire certaines révélations qui permettent de remettre Madeleine Pierlot en liberté.
— Nous y voilà ! En liberté !… Mais la justice, cher Monsieur l’abbé, ne se fait pas au pas de course ! Chaque chose en son temps ! Je vous recevrai Mardi prochain à onze heures. Nous verrons à ce moment-là ce qu’on doit faire de votre protégée…
— Ce n’est pas vraiment ma protégée, mais je dois…
— En tout cas, elle est très impliquée dans une vilaine histoire. Je serais très étonné qu’elle sorte de prison avant son procès.
— Son procès !
— Hé Oui ! Son procès !
— Pensez-vous aux enfants Monsieur ?
— Ne cherchez pas à m’apprendre mon métier. Moi, je ne me mêle pas de votre église ! A mardi onze heures, Monsieur le Curé, et au revoir.
Se hissant du prie-Dieu, les genoux douloureux, les idées confuses, las à mourir, le prêtre vécut la suite de la journée dans un état second.
Il célébra la messe du samedi soir à peine plus vite que d’habitude et renonça à la courte homélie qu’il faisait généralement sans monter en chaire. Sa voix resta ferme pour annoncer le jour et l’heure de la cérémonie de baptême de la petite Laura, et précisa que le catéchisme du mercredi aurait lieu dans la chapelle, exceptionnellement, puisque la salle habituelle serait fraîchement repeinte. Après l’office, il ne parla à personne, et, le dernier fidèle étant sorti, il referma à clef la lourde porte cloutée.
08:00 Écrit par Tempête dans Mercredi : Aglaé | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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29 décembre 2009
Un vieux cantique libertaire
Tombé, et pour cause, en désuétude..
08:00 Écrit par Tempête dans Mardi : Bertrand | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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25 décembre 2009
Le Grognard n°12 est disponible

LE GROGNARD N°12 - 7 €, 36 pages.– Goulven Le Brech / Tanguy Dohollau : À l’écoute du silence
– Fabrice Marzuolo : Convoi Bondé (poème)
– Mitchell Abidor : American rebels : Margaret Fuller
– Jean-Baptiste Pedini : L’Homme canon (poème)
– Bertrand Redonnet : Le Génie de Pascal
– Éric Simon : Le Temps perdu des artistes et des travailleurs
– Joaquim Hock : La Fuite des arbres
– Stéphane Beau : Contingences 12 & 13
– Kenneth White : Mathurin Méheut, peintre (poème)
– François-Xavier d’Arbonneau : Sebastian Melmoth
– Patrice Locmant : La Bataille d’Issus de Jean Brueghel (chronique d’art)
– Goulven Le Brech, Pascale Arguedas, Jacques Lucchesi, Stéphane Beau : Du côté des livres.
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24 décembre 2009
O... comme Onanisme
O comme… ONANISME
L’Œil hagard, terne, faible, et souvent rouge,cerné, douloureux, abattu, toujours humide; des paupières enflées un visage décrépi, jaune et maigre, des lassitudes que le repos ne peut point terminer, des digestions lentes, des selles rares, des urines épaisses et blanches, dont l’odeur est la plupart du temps fétide ; des envies de vomir et, souvent même des vomissements de matières glaireuses, une grande faiblesse dans les reins, ainsi que dans les jambes un frisson continuel, une voix rauque, faible ou sourde, quelque fois même tout a fait éteinte ; des sueurs excessives, sans qu’on ait pris aucun mouvement ; la peau le plus souvent sèche et brûlante, une toux courte et sans expectoration, des soupirs, des bâillement fréquents : tels sont, monsieur, les effets physiques qui résultent de l’habitude de l’onanisme, effets qui deviennent à leur tour la source des dérangements qu’éprouve le moral de ceux qui s’y livrent : aussi remarque-t-on que la moindre difficulté les effraie, qu’ils ne se trouvent jamais bien nulle part, qu’ils sont continuellement distraits, que leur mémoire est ingrate, qu’ils ne se livrent point avec la chaleur de leur âge aux jeux qui occupent leurs jeunes camarades ; que leur caractère est rarement égal, et surtout qu’ils n’ont point d’amis sincères, parce qu’ils ne le sont point eux-mêmes.
« Le masturbateur, dit le docteur Gottlieb Wogel, en vient insensiblement à perdre tout ce qu’il avait reçu de facultés morales ; il acquiert un extérieur hébété, sot, lascif, embarrassé, triste, mou il devient ennemi, paresseux, et incapable de toute fonction intellectuelle ; toute présence d’esprit lui est interdite ; il est décontenancé, troublé, inquiet aussitôt qu’il se trouve en compagnie ; il est a dépourvu, et même aux abois, s’il lui faut seulement répondre à un enfant son âme affaiblie succombe sous la moindre tâche. Sa mémoire, s’altérant tous les jours de plus en plus, il ne peut comprendre les choses les plus communes ni lier ensemble les idées les plus simples ; les plus grands moyens et les plus sublimes talents se trouvent bientôt anéantis, les connaissances précédemment acquises s’oblitèrent, l’intelligence la plus exquise dévient nulle, et ne donne plus aucun produit ; toute la vivacité, toute la fierté, toutes les qualités de l’âme par lesquels ces malheureux subjuguaient ou attiraient ci-devant leurs semblables, les abandonnent, et ne leur laissent plus d’autre partage que le mépris ; le pouvoir de l’imagination a pris fin pour eux ; il n’y a plus aucun plaisir qui les flatte ; mais, en revanche, tout ce qui est peine et malheur sur le reste du globe semble leur être propre. L’inquiétude, la crainte, l’épouvante, qui sont leurs seules affections, bannissent toute sensation agréable de leur esprit. Les dernières crises de la mélancolie et les plus affreuses suggestions du désespoir finissent ordinairement par avancer la mort de ces infortunés, ou bien ils tombent dans une entière apathie, et ravalés au-dessous des animaux qui ont le moins d’instinct, ils ne conservent de leur espèce que la figure. Il arrive même très souvent que la folie et la frénésie la plus complète sont ce qui se manifeste d’abord.
« Selon le docteur Franck, les masturbateurs sont non seulement à charge à la société, mais même dangereux. Aussi ce médecin célèbre invite-t-il les gouvernements à faire exercer sur eux la surveillance la plus active ».
Lettres sur les dangers de l’onanisme et conseils relatifs au traitement des maladies qui en résultent, 1825
J.-L. Doussin-Dubreuil
Stéphane
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23 décembre 2009
Sainte Gudule-la-mare
Chapitre XV
Cancans et grabuge à Sainte Gudule
L’annonce de l’arrestation de Madeleine, suivie de son incarcération, provoqua les remous qu’on imagine dans le village. Dans les rues, dans les familles, chez Emilienne, on ne parlait plus que de ça.
Les avis, dans un premier temps, furent assez partagés. On disait tout haut :
— Pauvre fille !… Elle ne mérite pas ce qui lui arrive !… Et les enfants encore moins ! Mais chacun se souvenait aussitôt de sa paresse, de son manque de soin, de sa cuisse légère, etc. Sans oublier les œufs et les poulets barbotés à droite et à gauche et les draps décrochés des étentes à linge, et emportés tout mouillés !
En silence, les uns pensaient aux achats exorbitants de l’année passée, et aussi à la façon dont elle avait remonté la pente à toute vitesse après cinq ans d’une déchéance manifeste.
Et pourtant, l’opinion inclina peu à peu en la faveur de Madeleine. Deux raisons pour cela : la mauvaise réputation du juge ; mais surtout, on s’était détaché d’elle seulement comme on se détache d’un enfant difficile qui commet des sottises. Qu’il ramasse un des coups durs de la vie, on se souvient seulement de l’enfance du charmant bambin et on s’attendrit de ses bêtises.
Ce fut nettement ce qui arriva pour Madeleine : oubliée la femme de quarante ans, un peu molle, assez malhonnête. Chacun revoyait la petite fille mourant de froid et de faim dans une boîte en carton cabossée.
Les uns expliquaient que Madeleine refusait de manger la nourriture de la prison et qu’elle maigrissait à vue d’œil… Les autres disaient qu’elle ne répondait pas un mot aux interrogatoires et même, qu’elle s’était battue avec un flic pendant la garde à vue.
On avait appris, par une indiscrétion du greffier, que le juge Corneille s’était juré de la faire condamner le plus sévèrement possible à son procès… car il ne doutait pas que Madeleine serait jugée au tribunal correctionnel.
— C’est une horreur ce type-là !… On ne sait même pas ce qu’il y a dans le dossier… au sujet des vols… et aux sujets des dettes de Madeleine
Chaque jour, des bobards en tout genre venaient grossir les rumeurs.
— Il paraît que Madeleine a retrouvé son vrai père, un notable qui habite dans le quartier résidentiel de Besançon… Et, c’est lui qui aurait donné l’argent pour éponger les dettes de sa fille…
— Son père ! Comment est-ce possible ?
— Ça, je n’en sais rien… Quelqu’un d’autre a prétendu devant moi qu’elle avait un protecteur… Et c’est lui qui aurait financé…
— Non ! Pas Madeleine ! Elle a toujours été cavaleuse mais je ne l’imagine pas entretenue par un petit vieux !… Elle est un peu sotte mais pas vicieuse la pauvre gosse !
— Ce n’est plus une gosse et il faut bien qu’elle ait trouvé l’argent quelque part !
Et on concluait qu’on n’y comprenait rien. Qu’il fallait laisser la justice suivre son cours, même si, avec des Juges Corneille, on ne se sentait pas tranquille. S’il fallait, on irait tous manifester à Dole sous ses fenêtres, avec des banderoles et des slogans. Sur ce point précis, tout le village était d’accord depuis le conseil municipal jusqu’à Jo, la Roussette et Paindmie. La motivation de ces derniers était l’espoir de faire un joli grabuge dans les rues de la sous préfecture. Si Madeleine n’était pas libérée au plus vite, on allait voir ce qu’on allait voir !
La conséquence la plus triste de cette affaire n’échappait à personne. Paul, treize ans, et Aurélie, onze ans, les deux enfants de Madeleine avaient été placés à la Maison de l’Enfance aux environs de Dole. Tous deux bons élèves au collège avaient été arrachés brusquement à leurs classes et à leurs camarades. Leur nouvelle école, proche de leur foyer, était comme un nouvel exil. Les deux enfants vivotaient, repliés sur eux-mêmes, privés de leur mère et de leur entourage habituel. Le choc affectif était perceptible pour tous les habitants de Sainte Gudule.
Il était question de leur réserver un parloir avec leur mère mais on n’avait rien décidé encore : le remède n’était-il pas pire que le mal.
Monsieur Estorel, convoqué par le juge d’instruction, avait eu, comme tout le monde, un très mauvais contact avec lui et s’était contenté de répéter sobrement ce qu’il savait, dans les termes exacts employés avec le Brigadier Gélinotte. Il assura qu’il ne connaissait pas l’homme qui lui avait vendu et livré le gros coquillage à Grainville. Il ne l’avait jamais revu.
08:01 Écrit par Tempête dans Mercredi : Aglaé | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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