20 septembre 2009
La paix !
Paris, ce dimanche 20 septembre 2009
Eh, Géraldine, vous n’espériez tout de même pas vous payer le luxe de conclure ? Vous n’attendiez tout de même pas de votre dernière lettre un nouveau et gras triomphe où vous vautrer ? Ainsi donc, vous pensiez faire pleurer dans les chaumières de mes chevronnés lecteurs des 7 mains. Voyons, Géraldine… Vous avez oublié l’essentiel : que vous êtes ma création. Votre emportement vous aura fait négliger l’essentiel : aucune Géraldine Bouvier sur terre n’a droit de cité littéraire sans ma plus explicite et exclusive autorisation. Vous n’êtes qu’un copyright, vous comprenez ?
Votre dernière volonté fut donc de vouloir me faire passer pour un porc : vous l’avez écrit avec toute la vigueur et l’amertume dont est capable une femme affolée dans sa peine. C’était bien émouvant. Au point que, dans leur distraction, quelques lecteurs entreprirent de se blâmer de leurs ricanements passés. Aussi l’écrivain que je suis vous le dit : votre envoi était fort bien tourné. à quelques lourdeurs résiduelles près, je suis authentiquement admiratif de votre élan. Une belle emphase. Vraiment, quelle théâtralité ! Aussi, plutôt que d’éditer (mal) des textes auxquels vous ne comprenez pas toujours grand-chose, peut-être devriez-vous songer à la reconversion : dans telle petite salle mal éclairée d’une ruelle pisseuse de Belleville, vous feriez un tabac chez les dépressifs, les incompris et les mal-aimés.
Car voyez-vous, il existe deux sortes d’éditeurs – je vais à l’essentiel par souci de ne pas perdre mon temps. Que je vous explique. Il y a ceux, les benêts, qui ont trouvé dans la littérature une bonne occase de souper pour pas cher et de taquiner la minette comme le pêcheur son gardon. Suivez mon regard du côté de Gilou Cauhène. Il est vrai que cette tare vous a épargnée. Et puis il y a ceux, les infatués, qui attendent que la beauté de l’œuvre rejaillisse sur eux, comme si de publier un écrivain de renom conférait à leur existence un quelconque surplus d’élégance. Et il est vrai encore que vous n’entrez pas tout à fait dans la case. Non, vous, vous vous êtes fabriquée du sur mesure – mais je ne doute pas qu’ils soient nombreux à venir grossir votre petite cohorte : à côté des benêts et des infatués, voici donc venir l’éditeur altéré, l’épique ex nihilo qui s’obstine matinalement dans la glace pour y contempler le démiurge. Légions d’imbéciles ! Je redoute, pourtant, nous redoutons tous, que vous fassiez bien des émules : il suffit d’admirer la contagieuse et benoîte bêtise de ces jeunes gens ébaubis de leur compétence universitaire et encore surpris de s’entendre dire qu’ils créeront des auteurs. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, Géraldine : vous avez cru que l’éditeur engendrait l’auteur, que l’écrivain était, à la lettre, sa création. Je ne suis le débiteur de personne. Le plus médiocre d’entre nous ne l’est et ne peut l’être. Ce que j’ai, ce que j’ai gagné, ce dont je jouis, c’est à cela seul que je le dois et dont aucun éditeur n’a même l’entendement : le talent. Contentez-vous donc de fabriquer un livre et de le vendre. Toute autre ambition desservira la littérature.
Oh non, je n’écris pas ici une belle-lettre d’écrivain, fantasme des prépubères, des abrutis et des gavés de la Série B. Ce n’est une lettre ni de rupture, ni de colère, ni d’agacement : c’est une lettre pauvre en sentiments. Qui ne doit sa brièveté qu’à notre fatigue à nous autres, las des solliciteurs et des cons, des marchands et des pharisiens.
Je n’aime pas plus gaspiller mon temps que mon fiel et mon talent. Aussi je m’autoriserai pour clore un conseil tout personnel. Ne changez pas de méthode : travailler, échouer, jouer la victime. Elle me réussit très bien. Et poursuivez votre chemin : la littérature en sortira grandie, et moi je serai en paix. Enfin.
Marc Villemain (pas moi, l’autre.)
08:00 Écrit par Tempête dans Dimanche : Nos invités | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note
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Soutien scolaire lecture.
Kinship descent anthropology lecture notes. History lecture notes. Lecture.
Trackback par : Soutien scolaire lecture. | 30 juillet 2010
Commentaires
Faut jamais délivrer un message de paix un dimanche...
Un joyeux coup de grâce, en tous cas!
Je n'ai pas eu le courage de reprendre la correspondance depuis le début, mais ce n'était pas la peine : c'était encore assez présent dans mon esprit. Comme quoi la correspondance porte...
Écrit par : Stéphane Prat | 20 septembre 2009
Répondre à ce commentaireJ'ai au contraire voulu profiter du relatif anonymat du dimanche pour faire prévaloir la paix ; je me suis dit que cela passerait inaperçu...
Écrit par : MV | 21 septembre 2009
Répondre à ce commentaireEt tu fais d'une pierre deux coups : tu boucles la boucle des 7 mains et tu boucles définitivement le bec à la Géraldine.
La classe, quoi !
Écrit par : stephane | 21 septembre 2009
Répondre à ce commentaireTon indulgence, Stéphane, me va droit au coeur. De la classe, peut-être ; surtout, me voilà fort aise et bien soulagé d'être parvenu à éloigner la Géraldine...
Écrit par : MV | 21 septembre 2009
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